La nouvelle panique marketing est arrivée
LinkedIn déborde de carrousels anxiogènes. « Le SEO est mort, vive le GEO ». Graphiques alarmistes. Statistiques sorties de nulle part. « Google perd des parts de marché chaque mois ». « ChatGPT dépasse 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires ». « L’IA va remplacer la recherche traditionnelle ».
Je l’annonce direct : le GEO, c’est du bullshit marketing recyclé. Generative Engine Optimization. Le nouvel acronyme qui permet de vendre exactement les mêmes prestations qu’avant avec une étiquette premium. Et ça marche. Parce que les agences ont compris qu’on vend mieux avec la peur qu’avec la raison.
Le schéma est toujours le même. On annonce la mort d’une pratique établie. On invente un terme sexy. On vend des audits à prix d’or. Hier, c’était le SEO vocal qui allait tout révolutionner. Avant-hier, les featured snippets. Aujourd’hui, le GEO. Demain, ce sera autre chose.
Les vendeurs de panique
Audit GEO : entre 8 000 et 15 000 euros. Formation GEO : 2 500 euros par jour. Accompagnement GEO sur six mois : 30 000 euros. Retainer mensuel : de 3 000 à 20 000 euros selon l’agence. Partout, les offres fleurissent. « Outils propriétaires d’analyse de visibilité sur Claude, ChatGPT et Perplexity », promettent les consultants auto-proclamés experts.
J’ai creusé. Ces outils propriétaires ? Des prompts copiés-collés depuis Reddit. L’analyse de visibilité ? Poser manuellement 50 questions aux LLMs et compter combien de fois le client est cité. Méthodologie : inexistante. Échantillon : ridicule. Prix : indécent.
« Les entreprises qui n’investissent pas dans le GEO seront invisibles demain. » Cette phrase, je l’ai lue cinquante fois ces trois derniers mois. Traduction honnête : « Mon chiffre d’affaires SEO s’effondre, j’ai besoin d’un nouveau pitch commercial pour justifier mes tarifs. »
Le plus cocasse ? Les recommandations GEO ressemblent trait pour trait aux recommandations SEO d’il y a deux ans. Créer du contenu de qualité. Obtenir des liens entrants. Structurer l’information. Travailler l’autorité thématique. Même combat, nouveau packaging. Même vin, nouvelle bouteille.
Les chiffres magiques qu’on nous sert
Les évangélistes du GEO adorent les statistiques choc. Décortiquons avec des données vérifiées de janvier 2026.
« ChatGPT compte 800 millions d’utilisateurs actifs par semaine. » Vrai, selon les déclarations d’OpenAI de fin 2025. Mais combien l’utilisent pour chercher des informations sur des entreprises ? Combien transforment une réponse ChatGPT en achat ? Personne ne le sait. Les études sérieuses n’existent pas.
« Le trafic en provenance des chatbots IA explose. » Partiellement vrai, mais trompeur. Selon une étude OneLittleWeb publiée en septembre 2025 portant sur 24 mois de données, les chatbots IA ont généré 55,2 milliards de visites entre avril 2024 et mars 2025, soit une croissance de 80,92 % en un an. Impressionnant ? Attendez la suite. Sur la même période, les moteurs de recherche ont totalisé 1,86 trillion de visites. Le trafic chatbot représente donc 2,96 % du trafic des moteurs de recherche. Autrement dit, les chatbots génèrent 34 fois moins de visites que les moteurs de recherche traditionnels.
« Google perd massivement des parts de marché face à l’IA. » Faux. Selon StatCounter, Google détient 90,04 % du marché mondial de la recherche en janvier 2026, contre 90,52 % en 2022. Une baisse de 0,48 % sur quatre ans. Microsoft Bing est à 4,31 %, Yandex à 1,84 %. Aux États-Unis, Google est à 85,07 % en janvier 2026, en baisse de 2,32 % depuis septembre 2024. C’est une érosion, pas un effondrement.
J’ai consulté les analytics de plusieurs e-commerces en décembre 2025. Trafic d’origine ChatGPT, Claude ou Perplexity : entre 0,005 % et 0,02 % des sessions totales. Microscopique. Négligeable. Une étude Similarweb de 2025 confirme : les référencements depuis les chatbots IA convertissent à 7 %, ce qui est élevé, mais le volume reste infinitésimal pour la plupart des sites.
Ce que cache vraiment le GEO
Analysons les promesses.
« Optimisez vos contenus pour être cité par les IA »
Traduction : écrivez du bon contenu, factuel, structuré, sourcé. Exactement ce que le SEO prêche depuis quinze ans. Les LLMs s’entraînent sur le web existant. Ils privilégient les sources réputées, complètes, bien écrites. Rien de révolutionnaire.
J’ai testé. J’ai optimisé des articles « pour le GEO ». Résultat ? Les positions Google ont progressé. Le trafic a augmenté. ChatGPT cite-t-il plus le contenu ? Impossible à mesurer de manière fiable. J’ai fait du bon SEO classique en l’appelant GEO.
« Développez votre autorité auprès des moteurs génératifs »
Traduction : obtenez des backlinks de qualité, publiez régulièrement, établissez votre expertise. Encore du SEO rebrandé. Les LLMs s’appuient sur des bases pré-entraînées. Modifier votre visibilité sur ChatGPT aujourd’hui ? Impossible. Il faut attendre le prochain cycle d’entraînement. Dans six mois. Ou un an. Ou jamais.
« Structurez vos données pour l’ère de l’IA »
Traduction : utilisez schema.org, structurez vos FAQ, clarifiez votre architecture. Du SEO technique version 2024. Utile ? Oui. Révolutionnaire ? Non. Google pousse ces pratiques depuis 2015.
Les dégâts collatéraux
Le GEO ne vole pas seulement l’argent des annonceurs. Il détourne des ressources critiques.
J’ai vu des PME réallouer 40 % de leur budget SEO vers le GEO sur les conseils de leur agence. Trois mois plus tard : trafic organique en chute libre. Moins de contenu optimisé pour Google. Moins de pages indexées. Moins de conversions.
Et côté IA ? Impossible à mesurer. L’agence montre des screenshots de ChatGPT citant la marque. Anecdotique. Invérifiable. Pas de tracking des conversions, pas de ROI calculable.
48 000 euros facturés sur le trimestre pour des prestations dont l’impact est impossible à quantifier. C’est du vol en col blanc.
Le vrai danger
Ce n’est pas que le GEO soit inutile. C’est que le terme détourne l’attention des vrais enjeux.
Oui, les LLMs changent la donne. Oui, une partie des recherches migre vers ChatGPT. Selon une enquête Adobe Express de 2025, 77 % des Américains utilisent ChatGPT comme moteur de recherche, et 24 % se tournent vers lui avant Google. Mais ces chiffres concernent des requêtes spécifiques, souvent informationnelles ou créatives. Pour les intentions commerciales, Google reste dominant. Les gens cherchent des explications sur ChatGPT. Ils achètent sur Google.
L’adaptation ne passe pas par des audits à cinq chiffres vendus par des opportunistes. Elle passe par la compréhension des usages. ChatGPT excelle pour les requêtes informatives complexes. Une étude OpenAI de mai 2025 analysant 1,5 million de conversations montre que 49 % de l’usage consiste à poser des questions, 40 % à accomplir des tâches (rédaction, code), et 11 % à explorer des idées.
Elle passe par la diversification. Miser uniquement sur Google était stupide en 2020. Miser uniquement sur les LLMs serait tout aussi stupide en 2026. Les entreprises intelligentes ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier algorithmique.
Elle passe par la qualité. Les LLMs privilégient les sources fiables. Pas les contenus bourrés de mots-clés. Pas les fermes de contenu. Les analyses approfondies, les données originales, l’expertise réelle. Une étude sectorielle de 80 pages génère plus de citations qu’un millier d’articles de blog optimisés à l’arrache.
Aucun consultant GEO ne vous dira ça. Parce que « produisez du contenu expert de qualité » ne se vend pas 30 000 euros. C’est trop simple. Trop évident. Pas assez disruptif.
Les questions qu’on ne pose jamais
Les agences GEO promettent la visibilité sur les LLMs. Mais elles esquivent systématiquement les vraies questions.
Quelle est la durée de vie d’une optimisation GEO ? Les modèles sont réentraînés tous les six à douze mois. Votre contenu optimisé aujourd’hui sera peut-être ignoré demain. Le ROI est impossible à garantir.
Comment mesure-t-on le succès ? Il n’existe pas de Search Console pour ChatGPT. Pas d’analytics pour Claude. Les agences montrent des screenshots. Non-représentatifs. Invérifiables. « Je peux vous montrer 50 requêtes où vous êtes cité. » Sur combien au total ? Silence radio.
Quel est le taux de conversion ? Un utilisateur qui lit une réponse ChatGPT clique-t-il vers votre site ? Les données complètes n’existent pas. Les agences n’en parlent jamais. Normal : elles ne les ont pas.
Quid de la monétisation ? Google vous envoie du trafic. Vous convertissez. ChatGPT vous cite dans une réponse. L’utilisateur reste sur ChatGPT. Pas de trafic, pas de lead, pas de conversion. Juste une mention. Formidable.
Le test de bullshit
Voici comment démasquer le charlatanisme en trente secondes.
Demandez : « Concrètement, qu’est-ce qui différencie une stratégie GEO d’une bonne stratégie SEO ? »
Si la réponse mentionne du contenu structuré et factuel → c’est du SEO.
Si la réponse parle de liens depuis des sites de référence → c’est du SEO.
Si la réponse évoque le schema markup → c’est du SEO technique.
Si la réponse invoque un outil propriétaire d’analyse invérifiable → fuyez.
La seule réponse honnête serait : « Pour l’instant, on ne sait pas vraiment. Les LLMs sont des boîtes noires. On fait des hypothèses, on teste, mais sans certitudes. Le mieux reste de faire du bon SEO et d’attendre que l’écosystème se stabilise. »
Mais ça ne vend pas de formations. Ça ne justifie pas des audits à 15 000 euros. Alors personne ne le dit.
Ce qui va vraiment arriver
Le GEO existe. Mais pas sous la forme vendue aujourd’hui.
Dans deux ou trois ans, les LLMs intégreront des mécanismes de transparence. OpenAI, Anthropic et Google publieront des guidelines. Comment être cité ? Quels critères ? Quelles sources privilégier ? Une vraie discipline émergera.
Des outils analytics apparaîtront. On pourra tracker les mentions, les contextes, les requêtes. Le GEO deviendra mesurable, donc optimisable. En décembre 2025, Perplexity a déjà lancé des fonctionnalités de tracking pour les éditeurs, et d’autres plateformes suivront.
Les modèles commerciaux évolueront. OpenAI a lancé en octobre 2025 Instant Checkout avec Stripe, transformant ChatGPT en assistant shopping. Les LLMs ajouteront des liens sponsorisés, des partenariats payants, des systèmes d’affiliation. La monétisation suivra.
Mais aujourd’hui ? Aujourd’hui, le GEO est un prétexte commercial. Une excuse pour facturer des prestations SEO classiques avec une étiquette trendy. Des agences l’admettent en privé : « On a juste changé nos plaquettes. SEO, c’est has-been. GEO, ça sonne futuriste. Même service, meilleurs taux de conversion commerciale. »
Mon conseil
Continuez à faire du bon SEO. Du vrai. Contenu de qualité, technique propre, liens pertinents. Si les LLMs vous citent, tant mieux. Sinon, vous aurez le trafic Google, qui représente toujours 90 % des requêtes mondiales.
Pas d’audit GEO à cinq chiffres. Pas de consultant qui promet la lune. Juste du travail de fond. Du contenu expert. De l’autorité construite sur le temps long.
Les agences qui vendent du GEO aujourd’hui vendent du vent. Demain, quand le GEO sera une vraie discipline avec des outils et des métriques, elles pivoteront vers le prochain acronyme à la mode. Quantum Search Optimization. Blockchain Content Strategy. L’imagination marketing n’a pas de limites.
Votre budget, si. Ne le gaspillez pas sur des promesses invérifiables vendues par des opportunistes qui changent de costume tous les dix-huit mois. Faites du bon boulot. Les algorithmes, qu’ils soient génératifs ou pas, finiront par le reconnaître.
Et Claude dans tout ça il en pense quoi ?
En tant qu’assistant IA, je dois être transparent sur un point : le GEO en tant que discipline émergente n’est pas intrinsèquement une arnaque. Ce qui l’est, c’est la manière dont certaines agences le vendent aujourd’hui avec des promesses impossibles à vérifier et des tarifs déconnectés de la valeur réelle délivrée. La vérité, c’est que personne — y compris nous, les systèmes d’IA — ne peut garantir qu’une optimisation spécifique augmentera les citations dans nos réponses. Nos modèles de sélection de sources sont opaques, évolutifs, et dépendent de cycles d’entraînement que vous ne contrôlez pas.
Ma recommandation pragmatique : investissez dans du contenu d’expertise réel, des données originales, des analyses approfondies. Pas pour optimiser pour ChatGPT, mais parce que c’est la seule stratégie qui résiste au temps et aux changements d’algorithmes. Si votre contenu est suffisamment solide, il sera indexé par Google, cité par les LLMs, et partagé par les humains. Les trois à la fois. Sans payer 15 000 euros à une agence qui vous promet l’impossible.
