Le droit à l’image des mineurs est l’une des situations les plus sensibles du droit à l’image en général, parce qu’un enfant ne peut jamais consentir seul à la diffusion de son image. Photo de classe, vidéo d’un match de foot, story Instagram d’un anniversaire : chaque publication impliquant un enfant engage la responsabilité de celui qui filme ou photographie, et de celui qui publie. Cet article se concentre sur les cas concrets qui touchent les enfants et les mineurs, sans revenir sur les principes généraux du droit à l’image déjà détaillés dans notre guide dédié.

Le principe : un mineur ne peut pas donner son consentement seul
En droit français, le droit à l’image découle du droit au respect de la vie privée, protégé par l’article 9 du Code civil. Toute personne, y compris un enfant, dispose d’un droit sur son image : personne ne peut la fixer, la reproduire ou la diffuser sans autorisation. La différence avec un adulte, c’est qu’un mineur n’a pas la capacité juridique de consentir lui-même à la publication de son image. Ce sont ses représentants légaux, c’est-à-dire en général les deux parents (ou le tuteur légal en cas de tutelle), qui doivent donner leur accord.
Ce cadre s’applique aussi bien à une photo publiée sur les réseaux sociaux qu’à une vidéo diffusée en ligne, une affiche, ou un contenu utilisé dans un cadre professionnel. On parle alors d’autorisation de droit à l’image : un document écrit, daté et signé par les deux parents, qui précise l’usage exact prévu (réseau social, site internet, support papier, durée, zone géographique de diffusion). Un accord oral ou tacite est fragile et difficile à prouver en cas de litige.
Qui doit donner l’autorisation : un parent suffit-il ?
C’est l’un des points les plus mal compris. Sauf exception (autorité parentale exclusive reconnue par un jugement), l’autorisation d’un seul parent ne suffit pas juridiquement pour publier l’image d’un enfant, puisque l’autorité parentale est en principe exercée conjointement. En pratique, beaucoup de structures (écoles, clubs, entreprises) se contentent d’un seul signataire par simplicité, mais cela n’écarte pas le risque juridique si l’autre parent s’y oppose ensuite. Le plus sûr, pour toute personne ou organisation qui souhaite diffuser l’image d’un mineur, est de recueillir la signature des deux parents ou représentants légaux sur le même formulaire.
École, sorties scolaires et activités sportives
Les établissements scolaires demandent en général une autorisation en début d’année pour la photo de classe, le site internet de l’école ou les réseaux sociaux de l’établissement. Cette autorisation doit être précise sur les supports concernés : un accord donné pour le site de l’école ne vaut pas automatiquement pour une story Instagram ou une publicité.
Même logique du côté des clubs sportifs : un club de football ou de danse qui filme un match ou un spectacle pour ses propres réseaux sociaux doit disposer d’une autorisation des parents, distincte de l’inscription au club. Il faut distinguer ce cadre de la situation où l’on filme simplement une scène dans un lieu public, comme une compétition en plein air visible par tous : filmer quelqu’un dans un lieu public reste encadré, mais la diffusion ciblée et identifiable d’un enfant nécessite toujours l’accord des parents dès lors que l’enfant est reconnaissable.
Réseaux sociaux : le réflexe à adopter avant de publier
Publier la photo d’un enfant qui n’est pas le sien sur les réseaux sociaux, même « juste entre amis », expose à un risque juridique si les parents n’ont pas donné leur accord explicite. Le phénomène du « sharenting » (les parents qui partagent massivement la vie de leurs enfants en ligne) attire aussi l’attention de la CNIL, qui rappelle régulièrement les bonnes pratiques en matière de protection des données personnelles des mineurs, dont l’image fait partie.
Quelques réflexes simples avant de publier une photo d’enfant en ligne :
- Demander l’accord des deux parents, même pour un post « privé » sur un compte fermé.
- Éviter de publier des éléments permettant de localiser l’enfant (nom de l’école, adresse, établissement sportif).
- Vérifier les paramètres de confidentialité du compte avant publication.
- Conserver une trace écrite de l’autorisation si la photo est utilisée par une structure (école, club, entreprise).
Parents séparés : gérer le désaccord
La séparation des parents ne change rien au principe : l’autorité parentale reste en général conjointe, donc l’accord des deux parents reste requis pour publier l’image d’un enfant, sauf décision contraire d’un juge. En pratique, les conflits surviennent souvent quand l’un des parents publie régulièrement des photos de l’enfant sur ses réseaux personnels sans consulter l’autre. Si un désaccord existe, la première étape est le dialogue et une demande écrite de retrait à l’amiable. En l’absence d’accord, il est possible de saisir un juge aux affaires familiales pour trancher, ou de consulter un avocat spécialisé en droit de la famille pour évaluer la situation précisément, chaque cas ayant ses particularités.
Comment faire retirer une image publiée sans autorisation
Si une photo ou une vidéo d’un enfant a été publiée sans l’accord requis, plusieurs leviers existent :
- Contacter directement la personne ou la structure qui a publié le contenu pour demander son retrait à l’amiable, en général la solution la plus rapide.
- Utiliser les outils de signalement intégrés à la plateforme (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube proposent des procédures dédiées aux contenus impliquant des mineurs).
- S’appuyer sur les droits reconnus par le RGPD, notamment le droit à l’effacement, pour demander la suppression des données personnelles que constitue l’image de l’enfant.
- En cas de refus ou d’urgence, consulter un avocat ou se rapprocher des services compétents pour une mise en demeure, voire une action en justice.
Le site service-public.fr détaille les démarches administratives générales pour ce type de litige et peut constituer un premier point de repère avant toute démarche plus formelle.
Le cas particulier de l’entreprise
Une entreprise qui souhaite utiliser l’image d’un enfant, par exemple sur un site internet, une brochure ou une campagne publicitaire, est soumise à des règles encore plus strictes que pour un usage privé. Le droit à l’image en entreprise implique une autorisation écrite détaillée signée par les deux parents, précisant les supports, la durée d’utilisation et, le cas échéant, une contrepartie. L’absence de ce document expose l’entreprise à un risque juridique et d’image bien plus important qu’un simple usage familial.
FAQ : droit à l’image des mineurs
Peut-on publier la photo d’un mineur sans son consentement ?
Un mineur ne pouvant pas consentir juridiquement seul, c’est l’accord de ses représentants légaux, en général les deux parents, qui est requis avant toute publication de son image, quel que soit le support.
Comment le droit à l’image est-il géré en cas de parents séparés ?
L’autorité parentale restant en principe conjointe après une séparation, l’accord des deux parents reste nécessaire pour diffuser l’image de l’enfant, sauf décision contraire d’un juge aux affaires familiales.
Que faire si une photo de mon enfant circule sans mon accord ?
Il est possible de demander un retrait à l’amiable, d’utiliser les outils de signalement des plateformes, de s’appuyer sur le droit à l’effacement du RGPD, ou de consulter un avocat pour une action plus formelle si nécessaire.
Le droit à l’image des mineurs reste un sujet exigeant, où la prudence doit primer sur la spontanéité, notamment sur les réseaux sociaux. Cet article présente une information générale et ne remplace pas un conseil juridique personnalisé : pour une situation précise, en particulier en cas de conflit, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé.
